Osez-vous encore déambuler dans les rues de notre commune, malgré les vagues de chaleur qu’on ne compte plus ? Si tel est le cas, vous constaterez la quasi inexistence de Grandes Femmes honorées dans l’espace public. Alexandra David-Néel nomme un petit jardin minéral excentré, Alice Guy-Blaché une minuscule allée ; seule l’icône Jeanne d’Arc est réellement visible.
C’est pourquoi, lorsqu’au dernier conseil municipal il a été question d’attribuer deux nouveaux toponymes à la suite des travaux, « Pointe Paul Bert » et « Square Pierre Grach », nous avons proposé de retenir plutôt deux noms féminins : Thérèse Cahen, directrice de la maison d’enfants juives de la rue Granville ; arrêtée en juillet 1944 avec les vingt fillettes dont elle avait la charge, elle refusa de les quitter jusqu'aux chambres à gaz, où elles ont disparu le 5 août 1944. Et Marie de Miribel, infirmière, femme politique, résistante, fondatrice de l’hôpital de la Croix Saint-Simon et de dispensaires pour les populations ouvrières de l’est parisien. Deux femmes qui auraient dû faire consensus.
Si vous nous suivez sur nos réseaux, vous connaissez la réponse du Maire : « l’histoire n’est pas paritaire, l’histoire de notre ville non plus (…) et, dans "Pointe Paul Bert", "la pointe", c’est bien féminin ». C’est donc un refus. Même les personnes qui ne sont pas féministes pourraient être choquées de telles déclarations tenues au XXIe siècle.
L’histoire est paritaire, nous ne serions pas là pour en parler sinon. « Les femmes portent la moitié du ciel », selon l’adage chinois. Mais il est vrai que les choix historiques ne le sont pas. Scientifiques, artistes, autrices, compositrices, ont régulièrement été effacées ou spoliées, de leur vivant comme après leur disparition : Rosalind Franklin, découvreuse de l’ADN, Camille Claudel, sculptrice, Fanny Mendelssohn, compositrice, Margaret Keane, peintre, et tant d’autres. Les retrouver aujourd’hui, c’est leur attribuer une juste reconnaissance, mais aussi offrir des modèles aux jeunes générations, filles comme garçons.
Elles sont bénévoles pour faire des gâteaux
Au sujet du sport, nous avons essuyé les mêmes propos d’un autre temps. Lors du vote des subventions aux associations, nous suggérions d’intégrer, aux conventions d’objectifs, des mesures de promotion du sport féminin. Ces mesures sont bien identifiées et le ministère des Sports a édicté un guide à cet égard. Globalement, les filles et les femmes pratiquent moins de sport, avec un fort décrochage à l’adolescence, alors qu’elles en tirent un bénéfice significatif, que ce soit vis-à-vis de leur santé ou de leur confiance en elles.
Dans notre commune, le club de football a pris acte de ce constat et mis spontanément en œuvre des actions pour recruter des filles. Le club de handball au contraire, qui est l’association la plus subventionnée de notre commune, pour 91 000 €, n’a rien fait en ce sens, et il a même relégué sa section adulte mixte du mardi au dimanche soir, provoquant son effondrement.
Or l’argent public est un levier politique, outre qu’il se doit d’être équitablement utilisé. Là encore, la majorité s’appuie sur un raisonnement fallacieux, d’un féminisme tout orwellien, en défendant la liberté des femmes et des filles à… s’exclure du sport ! « Au hand, elles participent, pas sur le terrain, mais elles sont bénévoles lors des évènements ! ». Nous apprécions leurs gâteaux.
Le féminisme municipal, que nous défendons, concerne bien d’autres domaines - services publics, espaces et transport urbain, violences, participation citoyenne - nous aurons l’occasion d’y revenir. En attendant, nous souhaitons à tous les enfants une belle rentrée, qu’elle soit porteuse de leur émancipation.
Le groupe Saint-Mandé Respire — Union de la gauche et des écologistes